Série de cours (via Zoom) sur la pratique du pranayama

Avec Marie-Andrée Morin

Souffler. Reprendre son souffle. Respirer.

En chacun de nous existe un espace de paix, de stabilité, de sagesse et de lumière.

Le pranayama nous aide à retrouver cet espace.

Le pranayama, c’est le contrôle du souffle. Le souffle, c’est la vie. C’est notre nourriture la plus précieuse. Le mot Prana, généralement traduit par souffle, signifie aussi énergie vitale. Ayama signifie extension, régulation, retenue, contrôle. Le pranayama, dit B.K.S. Iyengar, c’est la création, la distribution et la conservation de l’énergie vitale. Il nourrit et ventile les cellules, les nerfs, les organes, l’intelligence et la conscience de l’organisme humain.

Notre état mental affecte notre posture et notre respiration. À l’inverse, nous pouvons agir sur notre état mental par la posture et la respiration.

La pratique du pranayama nous aide à libérer les tensions, elle nous nourrit, nous nettoie, nous apaise et nous énergise. Elle nous permet de revenir à l’essentiel, et de retrouver cet espace intérieur de paix, de sagesse et de liberté.

Informations pratiques :

La pratique du pranayama doit se combiner à une pratique des asanas. Ce cours s’adresse donc à des pratiquants qui connaissent (et pratiquent) Sarvangasana.

Matériel nécessaire : 4 couvertures, 2 blocs, 2 ceintures et idéalement 1 coussin.

Observation via l’écran et corrections individuelles.

Cours de 1h30 les vendredis de 16h à 17h30.                                     

Première étape : 6 cours, du 15 janvier au 19 février 2020

 Coût : 90$

Informations et inscriptions : marieandreemorin7@gmail.com


Penser juste pour voir clair

30
Après avoir énoncé ce que sont les yama (non-violence, ne pas mentir, ne pas voler, la modération et l’absence d’avidité) ainsi que les niyama (propreté, contentement, pratique ardente, étude de soi et abandon au divin), Patanjali nous rappelle dans les sutra suivants (II.33 et II.34) que yama et niyama ne s’appliquent pas qu’aux actions et aux paroles, mais aussi aux pensées. Il nous dit que les pensées contraires aux yama et niyama doivent être contrecarrées par le discernement.
Il y est question de pratipaksa bhavanam – produire, cultiver un courant contraire. Quand une pensée perturbante nous assaille, il faut nourrir la pensée contraire.
« Les pensées indésirables sont celles qui s’opposent au flot de la vie, que nous les exécutions nous-mêmes, que nous en causions l’exécution ou que le permettions chez les autres. Elles sont le produit de l’avidité, de la colère et de l’égarement; leur intensité peut varier de légère à modérée, à forte. Voilà pourquoi on doit alimenter les pensées contraires ». sutra II.34 traduction Bouchart D’Orval.
Nous arrivons assez facilement à contrôler nos gestes, nous arrivons la plupart du temps à contrôler nos paroles, mais nos pensées….nous les laissons souvent nous contrôler. S’il s’agit de pensées malsaines, elles ont d’abord un effet malsain sur nous-mêmes.
Selon Vivekananda , « chaque pensée vicieuse va rebondir, chaque pensée de haine est emmagasinée (stored up) et vous reviendra un jour avec un grande puissance sous la forme de quelque misère. Si vous projetez la haine et la jalousie, elles rebondiront avec un intérêt composé. Rien ne pourra les arrêter; une fois que vous les avez mises en marche, vous devrez les supporter (bear them) ».
Comment éloigner une pensée indésirable (selon yama et niyama)? D’abord, prendre conscience de sa nature, la reconnaître en utilisant le discernement, la sagesse discriminative. Ne pas la laisser grandir, ne pas la laisser pénétrer plus avant. B.K.S. Iyengar utilise la métaphore suivante : vous êtes une ville avec un port. Un cargo chargé de matières contaminées, dangereuses veut entrer dans votre port, le laisserez-vous entrer?
Ainsi faut-il voir les pensées malsaines qui se présentent.

Il nous faut donc pratiquer la vigilance, la pleine conscience, et choisir avec soin ce que nous cultivons.

À bientôt


Mise en oeuvre

29
Jusqu’au sutra II.28, nous étions dans l’aspect théorique du yoga, à partir d’ici on passe à l’aspect pratique.

B.K.S. Iyengar parle de « mise en œuvre » lorsqu’il aborde l’astanga yoga (les huit membres du yoga). L’astanga yoga, dit-il, agit comme une ligne de base et comme un tremplin pour favoriser l’évolution et la stabilité du corps, du mental et du soi.
Le premier membre dont on parle est yama (code moral).

II.30 ahimsa satya asteya brahmacarya aparigrahah yamah
Ahimsa : respect de la vie, non-violence
Satya : franchise, authenticité
Asteya : Ne pas voler, ne pas envier
Brahmacyara : chasteté, modération, continence
Aparigraha : refus de possessions inutiles, absence d’avidité
Yamah : disciplines, restrictions

Les yama sont la non-violence, la vérité, l’honnêteté, la modération et l’absence d’avidité.

Patanjali précise au sutra suivant (II.31) que ces règles sont universelles, elles ne sont pas limitées par le lieu, le moment ou les circonstances.
Ces règles peuvent (et doivent) également être un outil d’observation précieux lors de la pratique d’asana et de pranayama.
Au sutra suivant II.32, on aborde le deuxième membre du yoga : niyama (observances éthiques individuelles). Plus loin, Patanjali reviendra sur chacun des yama et niyama.

II.32 Sauca santosa tapah svadhyaya Isvarapranidhanani nyamah
Sauca : propreté, pureté
Santosa : contentement
Tapah : ascèse, désir ardent, zèle, pratique intense
Svadhyaya: étude de soi, études qui mènent à la connaissance de soi
Isvarapranidhanani : abandon au divin

Les niyama sont la propreté, le contentement, une pratique ardente, l’étude de soi et l’abandon au divin.

Voici comment Françoise Mazet traduit ce sutra :
« Être clair dans ces pensées et ses actes, être en paix avec ce que l’on vit, sans désirer plus ou autre chose, pratiquer avec ardeur, apprendre à se connaître et à agir dans le mouvement de la vie, telles sont les règles de vie que propose le yoga ».

À bientôt


combattre l’ignorance

28

Patanjali a beaucoup insisté jusqu’ici sur les causes de souffrance, particulièrement l’ignorance, mère de toutes les souffrances. Il nous a confirmé aux sutra II.26 et II.27 que la solution pour vaincre l’ignorance est vivekakhyati – le discernement, la sagesse discriminative- qui nous permet de distinguer l’accessoire de l’essentiel, le transitoire du permanent.
Aux sutras suivants, il nous donne les moyens nous permettant d’acquérir et de développer cette sagesse discriminative.
II.28 Yoganganusthanat asuddhiksaye jnanadiptih avivekakhyateh

Yoganga : les composantes, les aspects, les membres du yoga
Anusthanat : pratique assidue
Asuddhih : impuretés
Ksaye : réduire, détruire
Jnana : connaissance, sagesse
Diptih : lumière, éclat, splendeur
A : vers, jusqu’à
Vivekakhyateh : essence de la connaissance, discernement, sagesse discriminative.

La pratique assidue des divers aspects du yoga détruit les impuretés, alors la connaissance éclairée devient sagesse discriminative.

« Le yoga, dit B.K.S. Iyengar, peut guérir ou réduire nos souffrances physiques, mentales, morales et spirituelles. La perfection et le succès ne seront obtenus que si l’on pratique avec amour et un entier dévouement ».

II.29 Yama niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana, samadhayah astau angani

Yama : contrôle de soi, discipline, règles de vie dans la relation aux autres
Niyama : restrictions, observances, règles de vie dans la relation à soi-même
Asana : assise, posture
Pranayama : régulation, contrôle du souffle
Pratyahara : retrait des sens
Dharana : concentration
Dhyana : méditation
Samadhayah : absorption, conscience supérieure, état d’unité.
Astau : huit
Angani : composantes, membres

Un code moral (yama), une règle de vie déterminée (niyama), la potsure (asana), le contrôle du souffle (pranayama), l’intériorisation des sens vers leur source (pratyahara), la concentration (dharana), la méditation (dhyana) et la contemplation du Soi (samadhi) sont les huit membres du yoga.

Voila qu’on reconnait des mots plus familiers : asana, pranayama…et qu’on les situe dans un contexte plus vaste.

Comme elles sont nombreuses les raisons de pratiquer!

À bientôt


Vision claire

27

Ce qui, selon Patanjali, nous empêche de distinguer le transitoire de l’essentiel, c’est l’ignorance. L’ignorance est la cause de la souffrance. Voici ce qui détruit l’ignorance :
II.26 vivekakhyatih aviplava hanopayah
Vivekakhyatih : discernement, jugement, clarté, connaissance discriminative, vraie connaissance
Aviplava : sans confusion, tranquille, ininterrompu
Hanopayah : moyen pour faire disparaître, pour disperser

Le flot ininterrompu de la sagesse discriminative en pensées, en paroles et en actes détruit l’ignorance cause de la souffrance.

Vivekakhyatih, c’est une vision claire continue, permettant de comprendre ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas.
C’est d’être présent, conscient, de façon à distinguer entre les pensées et les croyances qui nous limitent et les intuitions qui nous viennent de notre essence.
On y développe l’autonomie, la maîtrise, la perspicacité, la capacité de ne pas se laisser contrôler par ce qui nous entoure et à rester constamment conscients de notre vraie nature.

II.27 Tasya saptadha prantabhumih prajna

Tasya : de ceci
Saptadha : en sept parties, de sept manières
Prantabhumih : frontière, extrémité du territoire
Prajna : connaissance profonde, sagesse.

La pratique ininterrompue du discernement mène à la connaissance profonde qui comprend sept sphères.

Patanjali ne donne pas de détails sur ces sept sphères ou territoires. Voici ce qu’en dit B.K.S. Iyengar :
Les sept états de la sagesse sont décrits différemment selon les commentateurs. Selon une version, ce sont : ce qui doit être connu est connu, ce qui doit être écarté est écarté, ce qui doit être atteint est atteint, ce qui doit être fait est fait, ce qui doit être réalisé est réalisé, aucune qualité (guna) n’obscurcit l’intelligence, le connaisseur atteint l’illumination et maintient sa lumière intérieure tout en accomplissant ses devoirs dans ce monde.
Il ajoute plus loin : En d’autres termes, par la pratique du yoga, le sadhaka maîtrise son corps, contrôle son énergie, restreint les fluctuations du mental et développe son sens du discernement, grâce auquel il agit correctement et devient lumineux.

À bientôt.