La tête à l’envers

La fleur du yoga compte huit pétales. Nous avons déjà abordé les deux premiers, yama et niyama. Le troisième pétale, le plus connu peut-être, est asana : posture, position. Patanjali en parle au sutra suivant :
II.46 Sthira sukham asanam
L’asana est la parfaite stabilité du corps et de l’intelligence, ainsi que la bienveillance du mental.
D’abord, la posture façonne le corps, ensuite, avec la pratique, la posture s’exprime de l’intérieur. Elle nous conduit, comme le disait Gérard Blitz, à « être fermement établi dans un espace heureux ».
Il y aurait énormément à dire sur les asanas et leurs effets.
Aujourd’hui je vous invite à consulter un programme de pratique noté plus bas. Il s’agit d’une pratique pour renforcer le système immunitaire, pratique suggérée par B.K.S. Iyengar en 2009, lors de l’épidémie H1N1.
Notez la grande importance accordée aux inversions dans cette pratique (le matin et le soir). C’est une catégorie de postures très importante qui, idéalement, fait partie de la pratique quotidienne. Je trouve que se mettre la tête en bas remet les idées en place, et aide à être plus équanime.
Cette pratique s’adresse è des pratiquants prêts à y consacrer du temps et de l’énergie. Si vous avez peu de temps et n’avez pas d’expérience des postures inversées, vous pouvez vous en inspirer et commencer par :
Uttanasana, Adho Mukha Svanasana, Viparita Karani.
Je vous mentionne quelques effets (entre autres) de ces trois postures, qui,je l’espère vous convaincront de dérouler le tapis!
Uttanasana : Si l’on tient la posture pendant deux minutes ou plus, toute impression de dépression morale est éliminée. Cette posture est un bienfait pour les gens qui s’énervent facilement car elle calme les cellules cérébrales. Après cet asana, on se sent calme et rafraîchi, les yeux deviennent brillants et l’esprit est en paix.
Adho Mukha Svanasana : Une station prolongée dans cette posture enlève la fatigue et redonne l’énergie perdue. C’est une posture vivifiante.
Viparita Karani : Ouverture de la poitrine. Retour veineux accru. Calme le cerveau. Facilite la respiration profonde. Détend profondément.

Bonne pratique, Respirez,
À bientôt

Pratique pour renforcer le système immunitaire
Pratique du matin
– Uttanasana 5 minutes
– Adho Mukha Svanasana 5 minutes
– Prasarita Padottanasana 5 minutes
– Sirsasana 5 minutes, Parsva Sirsasana, Upavista Konasana en Sirsasana, Eka Pada Sirsasana, Parsvaika Pada
Sirsasana (peut donner un total de 15 minutes)
– Viparita Dandasana utilisant la chaise 5 minutes
– Sarvangasana 10 minutes
– Halasana 5 minutes
– Variations de Sarvangasana : Eka Pada Sarvangasana, Parsvaika Pada Sarvangasana, Supta Konasana, 5 minutes
– Setu Bandha Sarvangasana 5 minutes
– Viparita Karani 5 minutes
– Savasana 10 minutes

Pratique du soir
– Sirsasana 10 minutes
– Sarvangasana 10 minutes
– Halasana 5 minutes
– Setu Bhanda Sarvangasana 10 minutes
– Savasana 10 minutes
Si nécessaire, faire les postures avec accessoires.
Si vous n’êtes pas familiers avec la durée suggérée, faites le mieux possible dans la prudence et augmenter la durée peu à peu.


Il faudrait aussi être content?

Depuis quelques jours, ma chaise longue est installée dehors. Quand le soleil se pointe, affublée de manteau, casquette, foulard et bottes, je m’y assois face au banc de neige. J’appelle ça le sanatorium. Ça me fait du bien. Des instants ou rien ne me manque.
Ce matin, il neige, il-nei-ge!! le ciel est gris, je ne suis pas contente.

Après yama, le deuxième pétale du yoga est niyama. Il est constitué de cinq observances éthiques individuelles. Il s’agit de Sauca : pureté du corps et du mental, Santosa : contentement, Tapas : autodiscipline, Svadhyaya : étude de soi et étude de textes sacrés, Ishvara Pranidhana : abandon au divin.
Intéressons-nous aujourd’hui à Santosa

II.42 Santosat anuttamah sukhalalabkak
Le bonheur suprême découle du contentement et d’une conscience bienveillante.
Santosa, c’est la capacité de rester content même en l’absence d’objets désirés.
C’est, dit Françoise Mazel, un état d’esprit, une attitude mentale qui oriente les pensées, les actes, les réactions. C’est vivre au présent, dans un état de paix intérieure dans lequel il n’y a plus ni manque ni volonté d’obtenir.
C’est de rester serein même, et surtout, dans les situations difficiles.
Demeurer dans un état de contentement dans une situation difficile, dans une posture difficile est un grand défi et la tentation est souvent grande de renoncer ou de réagir émotivement, se fâcher, ou s’abandonner au sentiment de frustration, à la colère ou la tristesse. La pratique des asanas et du pranayama nous aide à faire face aux situations difficiles, à faire face aux obstacles qu’ils soient physiques, émotionnels ou mentaux.
Restons dans la conscience bienveillante.
Et, comme le dit Shams de Tabriz, n’entrons pas dans les faubourgs du désespoir.
Belle journée à vous


Un couple assorti

Après nous avoir parlé des fluctuations du mental, Patanjali nous indique la voie à suivre pour s’en libérer. On se rappelle que le yoga est l’arrêt de ces fluctuations et que, quand ces fluctuations cessent, notre âme (le Soi, cela qui sait en nous, notre lumière intérieure) peut irradier et illuminer notre être.
I.12 Abhyasa vairagyabhyam tannirodhah
La pratique et le détachement sont les moyens qui permettent de calmer les fluctuations du mental.
Par la pratique et le détachement nous cessons d’être le jouet de ces mouvements.
Abhyasa
: pratique répétée, travail sur soi-même demandant effort et volonté
Vairagyabhyam : détachement, renoncement, ne pas s’identifier
Tannirodha
: contrôle des fluctuations
La pratique est la voie de l’évolution. Le détachement est la voie de l’involution. Inspiration et expiration.
Le détachement, c’est renoncer aux idées et actions qui nous bloquent sur la route, se libérer des désirs, pensées, émotions et passions qui font obstacle à la quête de liberté.
Quand on parle de pratique ici, bien sûr, cela concerne toutes les étapes du yoga, ou tous les pétales quand on compare le yoga à une fleur. La première étape ou pétale, c’est yama. Il s’agit d’un code moral constitué de cinq principes.
Le premier de ces principes est ahimsa
, la non-violence, le respect de la vie. Ne pas faire de tort aux autres et, bien sûr, ne pas se faire de tort à soi-même.
La pratique du yoga nous met face à notre être, à ses limites et à ses faiblesses mais aussi à ses forces, possibilités et grandeurs. Il faut les reconnaître toutes. Puis les regarder avec détachement, équanimité, un esprit égal.
Non, ce n’est pas facile.
Y a-t-il des recherches intéressantes et faciles? Et cette recherche n’est-elle pas la plus intéressante de toutes?
Bonne route,
À bientôt


Chaque matin le jour se lève

Aujourd’hui, avant de poursuivre notre route dans les Yoga Sutra, je vous présente un court extrait du Rig Veda (collection d’hymnes sacrés de l’Inde antique). Il est toujours important de se nourrir de beauté. Il est toujours essentiel de distinguer le temporaire du permanent.

Hymne à l’aurore

Jusqu’à présent toujours la Déesse Aurore s’est levée.
Aujourd’hui encore la Généreuse est apparue.
Elle se lèvera dans les jours ultérieurs.
Sans vieillir, sans mourir, elle marche selon son destin.

Avec ses parures elle a brillé dans les portiques du Ciel ;
la déesse a rejeté d’elle le noir ornement.
Réveillant les hommes l’Aurore arrive
sur son bel attelage, avec ses roses chevaux.

Apportant les largesses désirées,
elle dispose son emblème lumineux au loin visible.
Dernière des Aurores passées, première de celles
qui toujours nous éclairent, elle a resplendi.

Dressez-vous ! L’esprit de vie est en nous ;
les ténèbres s’en sont allées, la lumière arrive.
Elle a dégagé la route pour que le soleil s’avance :
nous accédons aux lieux où la vie se prolonge.

Rig Veda 1.113 (extrait) tiré de Le Veda,Jean Varenne, Les Deux Océans, Paris

Belle journée à vous,
À bientôt


Qui sont les perturbateurs?


Dans les sutra suivants ( I.5 à I.11), Patanjali nous dit que les fluctuations (mouvements) de la conscience peuvent être visibles ou cachées. Elles peuvent être (ou non) porteuses de détresse et de souffrances, elles peuvent être agréables ou désagréables, connues ou non.
Patanjali parle de cinq perturbations (mouvements) de la conscience :
Pramana: C’est la perception juste, une connaissance juste et directe, elle peut aussi provenir d’un raisonnement correct ou de témoignages valides.
Viparyaya : C’est une perception erronée, fondée soit sur une impression trompeuse de la réalité, sur une déformation de la réalité ou une perception incomplète de la réalité.
Vikalpa : C’est une connaissance illusoire, c’est l’illusion, le fantasme. N’est pas fondée sur la réalité.
Nidra : Le sommeil sans rêves, absence inconsciente de fluctuations.
Smrtih : La mémoire. Elle nous permet de revoir les expériences passées. Elle peut nous maintenir dans l’illusion mais c’est aussi elle qui se rappelle la connaissance qui disperse cette illusion.
Connaître ces notions nous permet d’avoir un regard critique sur notre processus mental et d’évaluer quel vritti (fluctuation) est à l’œuvre. Le premier d’entre eux, pramana, est notre meilleur allié. Buddhi, notre intelligence y est à l’œuvre avec un outil précieux, le discernement.
Ces notions peuvent s’appliquer à la pratique sur le tapis…à quel moment ma perception est-elle juste, à quel moment est-elle erronée, à quel moment suis-je dans l’illusion?
Dans les sutra suivants, Patanjali nous offre des outils pour calmer les fluctuations de la conscience. Plus loin il nous parle, entre autres, des afflictions auxquelles nous devons faire face, des obstacles que nous pouvons rencontrer et comment y faire face. Croyez-moi, c’est passionnant!
Bonne pratique, à bientôt.