Lumière

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« Nous ne sommes pas poussière mais lumière » Yahne Le Tourmelin

Serge Bouchard a dit un jour : L’être humain n’est qu’une étincelle dans l’univers…  Je suis sûre que chaque être humain contient la lumière. Mais tellement d’entre nous ne le savent plus. Tellement d’entre nous ne le sentent plus. Et trop nombreux sont ceux qui propagent la noirceur. Trop nombreux sont ceux qui font appel à la peur, encouragent l’ignorance et la haine. Chacun d’entre nous pendant ce court voyage qu’est la vie doit travailler à se libérer de l’ombre. Je vis le temps d’une étincelle…comment la faire rayonner, comment ne pas déjà être cendres? Pendant ce court moment de vie ou je rencontre d’autres étincelles, d’autres « comme moi » avec leur unique splendeur, je veux garder mon cœur ouvert. Se refermer sur soi signifie que la lumière faiblit à l’intérieur. On ne perçoit plus la lumière des autres et nous n’offrons plus rien. Nous ne réchauffons plus personne, nous n’éclairons plus personne. Nous devenons froids.

Il y a des jours ou l’ombre prend plus de place que la lumière.

Allez mon étincelle, va vers l’autre, et que chacun de nous soit terre d’accueil.

 

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Sérénité

Selon Patanjali (sutra 1.33), pour faire face aux obstacles rencontrés sur la route vers la sérénité (cittaprasadanam), il faut cultiver l’amitié, la compassion, la joie et l’équanimité.

La sérénité est un état ou malgré les peines, les frustrations, les peurs, une situation inquiétante, nous arrivons à rester libres. Nous restons en contact avec notre vraie nature d’où peuvent émerger la bonté, l’amitié, la compassion, la joie et l’équanimité.

Nous avons tendance à nous identifier à nos peurs, à leur donner toute la place. Alors nous oublions notre essence et nous nous figeons. Nous respirons moins bien, nous dormons moins bien, nous devenons confus…nous mourons de peur. Une partie importante de nous ne peut plus vivre.

La peur est une servitude. Nous voulons la liberté mais nous nous accrochons à la servitude. La peur est un poison, un fardeau qui nous prive de la clarté et de la joie.

La pratique du yoga nous aide à faire face à nos peurs, à devenir plus forts, plus légers, plus sereins. La pratique nous aide à déposer notre fardeau, à reprendre contact avec la liberté. Nous devenons alors plus aptes à faire face aux défis que la vie nous présente avec courage, joie et bienveillance.Mont Albert

 

« Que les hommes de sagesse soient toujours sans peur, dans leurs pensées, dans leurs paroles, dans leurs  actions »

 

 

 


Les obstacles

Pantajali, dans les Yoga Sutras I.30 et I.31, énumère plusieurs obstacles à l’évolution et à la réalisation de soi. Ces obstacles causent ou reflètent un mental perturbé, tourné vers l’extérieur. C’est  cittaviksepah : un esprit dispersé ou fluctuant qui perturbe la conscience.

Nous sommes plutôt  à la recherche d’un mental tourné vers l’intérieur, vers cittaprasadanam, le rayonnement serein de la conscience. Quels sont ces obstacles qui font sortir le mental de sa route?

Patanjali énumère neuf obstacles et, selon B.K.S. Iyengar, ils se répartissent en quatre catégories : physique, mental, intellectuel et spirituel :

Physique : Vyadhi, la maladie et styana, la langueur ou manque de force nerveuse, insuffisance de force vitale.

Mental : Samsaya : le doute, pramada, la négligence,  alasya,  la paresse et avirati, la recherche avide d’objets, l’assouvissement des sens, une lutte continuelle entre les désirs qui attirent le mental à l’extérieur et la volonté du Yogi qui cherche à garder le mental à l’intérieur.

Intellectuel : Brantidarsana, le fait de se tromper, vue erronée, illusion. Prendre une chose pour ce qu’elle n’est pas. Due à un manque d’intelligence ou de discernement. Manque de maturité de l’âme.

Spirituel : Alabdhabhumikatva, le non accomplissement d’une étape, l’incapacité à trouver un point d’appui et anavasthitatvani : le déséquilibre, l’instabilité. Être incapable de maintenir les progrès acquis, instabilité due au manque de persistance.

Ces obstacles  peuvent être à l’état dormant, atténué, fluctuant on complétement actif.

Selon Christopher Isherwood, toutes les distractions dont parle ici Patanjali peuvent être classées en gros sous  tamas. La paresse est le grand ennemi, elle suscite la peur, l’irrésolution, l’apitoiement sur soi,  et les doutes sans fin. Il est tentant de se relâcher envers ses devoirs, de se réfugier sous une belle et chaude couverture. Le corps résiste à toute discipline inhabituelle et essaiera parfois de la saboter  par des étalages de faiblesse, de maux de tête, de doutes etc.. Cette résistance est inconsciente. Les symptômes eux sont réels.

Le sutra 1.31 présente d’autres causes de  dispersion mentale : la tristesse, le désespoir, la dépression, les tremblements physiques et une respiration laborieuse et irrégulière. Ces éléments sont parfois interprétés comme des  symptômes pour déceler la présence de Viksepa : esprit dispersé.

Ces obstacles détournent une partie importante de nos forces et de notre temps.

Au début de la pratique, on est très enthousiaste, les premiers pas procurent le calme, tout semble facile et inspirant. Il faut savoir que cet état ne va pas persister de façon continue. Il y aura des luttes et des doutes. L’exaltation n’est pas nécessairement un signe de progrès. On peut progresser aussi et parfois davantage dans les moments difficiles. Ce n’est pas un signe d’échec. Il n’y a pas d’échec aussi longtemps que l’on persiste dans l’effort.

La constance et la fidélité à la pratique sont sans aucun doute les meilleurs atouts pour faire face aux obstacles. Il faut cultiver l’opposé de ces obstacles. La foi s’oppose au doute et à la négligence, l’énergie s’oppose à l’apathie et à la paresse, l’étude s’oppose à l’avidité, l’intelligence intuitive aux fausses connaissances.

Il faut fréquenter ce qui est sain : ce qui favorise la concentration et la circulation de la vie, de l’énergie, et qui élève l’esprit vers la joie pure.

Il faut une attention et un travail de tous les instants pour se maintenir sur la voie. Avoir des connaissances en yoga ne délivre pas de la tristesse, de l’anxiété ou de la dépression. Ces connaissances peuvent être inspirantes, mais seule la pratique quotidienne nous permet d’affronter les bouleversements et agitations de la vie avec force, stabilité et sérénité.

Références :

B.K.S. Iyengar  Lumière sur les yoga sutras de Patanjali

Jean Bouchart D’Orval Patanjali et les yogas sutras

Christopher Isherwood  How to know God The aphorisms of Patanjali

I.K. Taimini  La science du yoga

 

 

 

 


Le yoga est un art

Patanjali nous dit dans le sutra II.47  Rupa lavanya bala vajra sambananatvani kayasampat  « la pratique idéale des asanas apporte au corps la beauté, la grâce, la force et la solidité. Selon les circonstances, il aura l’éclat et la dureté du diamant ou la douceur et le raffinement d’une fleur ».

Dans Lumière sur les Yoga Sutra de Patanjali, B.K.S. Iyengar nous rappelle, à la suite de ce sutra,  que le yoga est un art. L’art canalise le talent et la technique de l’artiste dans la voie qu’il a choisie, et cette voie devient la religion du Soi (svadharma : le devoir propre de chacun, la disposition naturelle dans laquelle il se trouve et qu’il doit suivre).

Le yoga, comme tout art, implique la discipline. Il développe  le corps, le mental et l’intellect. Son but est de raffiner l’homme. Le pratiquant de yoga est à la fois l’artiste, l’instrument et l’œuvre à découvrir, à révéler, à accomplir. Toute action réalisée dans la beauté et la pureté, dans l’harmonie complète du corps, du mental et de l’âme est de l’art. Fait de cette façon, l’art élève l’artiste.

L’art est un processus sans fin, sans limites. De même, on doit pratiquer les asanas de  manière attentive,  studieuse et en  cultivant le  gout du raffinement présent dans  l’art.

Il existe un nombre infini de postures de yoga. Par la pratique précise et rigoureuse des différentes catégories de postures, on aura des effets différents. Il est ainsi possible de nourrir et d’énergiser chaque partie du corps et de créer une action nettoyante et vitalisante dans le corps et l’esprit. Il faut synchroniser les mouvements des membres, observant soigneusement l’extension, l’expansion et la création d’espace permettant à l’intelligence de pénétrer dans le corps tout entier et permettant à l’énergie de couler librement.

Chaque art présente  ses propres difficultés. Des moments de peur, d’inconfort, de tension, de frustration et de rejet peuvent envahir l’esprit de l’artiste (du pratiquant) et tuer son intérêt. Ces moments doivent être acceptés comme des compagnons inévitables sur le chemin de la création artistique. Imperturbable, l’artiste (le pratiquant) doit continuer son travail et utiliser son code d’éthique (yama et niyama), son intelligence (buddhi), son raisonnement, son jugement et sa vision intérieure pour atteindre le  moment ou  l’expérimentation prendra  fin et l’ expérience deviendra unique, vraie, cristalline.

La joie et la béatitude que le yoga apporte nourrit indéniablement  notre être toutefois la pratique peut avoir un goût  amer et désagréable au début –autrement tout le monde le pratiquerait sérieusement. C’est désagréable parce que ça va à l’encontre des désirs et des sens et nous vivons dans un monde dominé par les sens. Le mental est divisé entre son attirance envers les sens et la route vers le Soi. La pratique des postures éteint cette dualité du mental et la pratique devient antaratma sadhana, la recherche de l’âme. Si cela peut être amer au début, avec le temps, la foi et la persévérance,  cela devient du nectar. C’est une joie pure, réelle, unique.

Quand le yogi est un artiste accompli, l’art du yoga coule en lui dans la paix et  la joie. L’observateur de cet art sera attiré et voudra lui aussi expérimenter cette élégance, cette harmonie, cet équilibre et cette sérénité.

« Ma pratique élève mes pensées, purifie mon esprit, apporte  calme, assurance et grâce  dans chaque fibre de mon corps et sublime mon égo. L’intensité et la sincérité de ma pratique m’a permis de réaliser cette vérité ou l’asana et moi devenons un ». B.K.S. Iyengar.

Ce texte est très largement inspiré de The Art of Yoga de B.K.S. Iyengar.

 


Accueillir

Je partage avec vous aujourd’hui un bel et court extrait d’un auteur que j’aime beaucoup, Jack Kornfield :

« Le véritable devoir de la vie spirituelle ne se trouve ni dans des lieux éloignés ni dans des états de conscience sortant de l’ordinaire. Il prend place ici, dans l’instant présent. Cela exige un esprit bienveillant, prêt à accueillir d’un cœur sage, respectueux et bon tout ce que la vie nous présente. Nous pouvons saluer aussi bien la beauté que la souffrance, nos troubles, notre confusion, nos peurs et les injustices de ce monde. Honorer ainsi la vérité est le chemin de la libération. S’incliner devant ce qui est, plutôt qu’au pied d’un idéal, ce n’est pas nécessairement chose facile mais, quelles que soient les difficultés, c’est l’une des pratiques les plus utiles et louables.

En saluant les événements de notre vie, les chagrins, les trahisons, nous les acceptons et par cette démarche profonde nous découvrons que dans la vie rien n’est insurmontable ou inutile. Apprendre à rendre hommage permet de découvrir que le cœur détient plus de liberté et de compassion que nous ne pouvions l’imaginer. Le poète persan Rumi, sur ce sujet, s’exprimait ainsi :

L’être humain est un lieu d’accueil

Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,

une prise de conscience momentanée arrivent

tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous

Même s’il s’agit d’une foule de regrets

Qui d’un seul coup balaye ta maison

Et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu’il soit, traite-le avec respect,

Peut-être te prépare-t-il

A de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance

Rencontre-les à la porte en riant

Et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive

Quel qu’il soit.

Car chacun est envoyé comme un guide de l’au-delà.