Accueillir

Je partage avec vous aujourd’hui un bel et court extrait d’un auteur que j’aime beaucoup, Jack Kornfield :

« Le véritable devoir de la vie spirituelle ne se trouve ni dans des lieux éloignés ni dans des états de conscience sortant de l’ordinaire. Il prend place ici, dans l’instant présent. Cela exige un esprit bienveillant, prêt à accueillir d’un cœur sage, respectueux et bon tout ce que la vie nous présente. Nous pouvons saluer aussi bien la beauté que la souffrance, nos troubles, notre confusion, nos peurs et les injustices de ce monde. Honorer ainsi la vérité est le chemin de la libération. S’incliner devant ce qui est, plutôt qu’au pied d’un idéal, ce n’est pas nécessairement chose facile mais, quelles que soient les difficultés, c’est l’une des pratiques les plus utiles et louables.

En saluant les événements de notre vie, les chagrins, les trahisons, nous les acceptons et par cette démarche profonde nous découvrons que dans la vie rien n’est insurmontable ou inutile. Apprendre à rendre hommage permet de découvrir que le cœur détient plus de liberté et de compassion que nous ne pouvions l’imaginer. Le poète persan Rumi, sur ce sujet, s’exprimait ainsi :

L’être humain est un lieu d’accueil

Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,

une prise de conscience momentanée arrivent

tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous

Même s’il s’agit d’une foule de regrets

Qui d’un seul coup balaye ta maison

Et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu’il soit, traite-le avec respect,

Peut-être te prépare-t-il

A de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance

Rencontre-les à la porte en riant

Et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive

Quel qu’il soit.

Car chacun est envoyé comme un guide de l’au-delà.



Santosa: le contentement

Le deuxième niyama (observance éthique, deuxieme des huit membres du yoga)  est santosa, le contentement. On le retrouve au sutra II-42 des Yoga sutras de Patanjali :

« Le bonheur suprême découle du contentement et d’une conscience bienveillante » B.K.S. Iyengar

Il s’agit donc d’accepter ce qui est. Le contentement est le contraire de l’avidité ou de l’envie qui sont insatiables. Les désirs sont des  obstacles au contentement. «  Un esprit insatisfait ne peut pas se concentrer, dit Geeta Iyengar, le contentement et la tranquillité sont des états d’esprit. Il y a contentement et tranquillité quand la flamme de l’esprit n’est pas agitée par le vent des désirs ».

Nous avons tendance à croire que le bonheur dépend de circonstances extérieures. Je serai heureuse, contente, lorsque j’aurai cet objet, lorsque j’aurai atteint cet échelon au travail, lorsque je gagnerai tant d’argent, lorsque telle personne m’aimera. Si je fais ce dont j’ai envie, si j’évite ce dont je n’ai pas envie, je serai heureuse. De même dans la pratique, nous avons tendance à négliger les postures plus confrontantes, plus difficiles pour aller vers des postures que nous aimons, plus faciles, sans tenir compte de nos besoins.

Ce dont nous parle Patanjali est différent. Santosa est le contentement sans conditions.  Ce n’est aucunement un état de laisser faire, une recherche de confort. Le confort seul ne mène pas au contentement, il ne mène pas non plus à la croissance. Santosa est  plutôt une  recherche de vérité et d’acceptation de cette vérité. Demeurer dans un état de  contentement dans une situation difficile, dans une posture difficile est un grand défi et la tentation est souvent grande de renoncer ou de réagir émotivement, se fâcher, ou s’abandonner au sentiment de frustration. Pourtant demeurer paisible, content est la seule voie pour progresser.

Comment demeurer calme et paisible dans la pratique de postures plus exigeantes? Utiliser la respiration peut nous aider. Ne pas bloquer la respiration, respirer calmement,  rester présent à ce qui se présente,  sensation,  émotion ou pensée sans s’y attacher.

Dans le yoga, on dit souvent que la peur est notre plus grand ennemi. Nous éprouvons toutes sortes de peurs. Peur de l’inconnu, de perdre la face, de ne pas être aimé, d’être seul, de tomber, de vieillir, de mourir. Le contentement ne peut coexister avec la peur. La peur nous paralyse.  Nous avons peur de souffrir. « Si tu as peur de souffrir,  dit le soufisme,  tu souffres déjà ».

On ne peut être vraiment libre que lorsqu’on arrive à rester serein même dans les situations difficiles. La pratique des asanas et du pranayama nous aide énormément à faire face aux situations difficiles, à  faire face aux obstacles qu’ils soient physiques, émotionnels ou mentaux. Dans la pratique, comme dans la vie, nous devons d’abord accepter ce qui est maintenant. Chaque moment contient de précieuses informations et peut nous servir de guide pour évoluer. Accepter le moment présent tel qu’il est ne signifie être passif, il faut agir. Ne pas se laisser prendre dans le tourbillon des regrets (je ne veux pas que les choses soient ainsi, c’est injuste, etc.)  Seulement alors  est-il possible d’évoluer. Après avoir reconnu les limites actuelles on peut travailler à les éloigner avec patience, compassion, volonté et détachement.

La pratique du yoga est l’expérience parfaite pour être présent à soi, à ce qu’on fait, à ce que l’on ressent. S’assurer qu’on est sur la bonne voie, abandonner l’inutile, et se recentrer. Le yoga est une route vers soi, un hommage à la vie, une façon merveilleuse  d’aller de l’avant avec courage, le cœur léger,  et de s’approcher de la plénitude!

J’aimerais ajouter cette citation tirée d’une entrevue de Robert Béliveau dans La soif de bonheur, Bayard Canada, 2012.

« Qu’est-ce que c’est un être humain? C’est un être de beauté, de bonté, de conscience et de créativité. Je l’appelle un BBCC. La beauté parce que nous aspirons tous à la beauté, dans les arts, la littérature, l’architecture, la cuisine, l’érotisme, etc. Il ne suffit pas de répondre à notre faim, on veut bien manger. Ce besoin apporte une dimension extraordinaire de créativité. S’il n’y avait pas de beauté, s’il n’y avait que la bonté, par exemple, c’est-à-dire la compassion, si j’oubliais de venir au Jardin botanique pour me remplir les yeux de beauté, je deviendrais vide en peu de temps. Alors, il faut équilibrer la beauté et la bonté. Ensuite il faut la conscience. C’est pour cela qu’il est si important de s’asseoir et de méditer. Ce n’est pas important pour vivre, mais pour vivre plus sainement, plus sobrement, plus simplement, il faut se donner des moyens. Il ne suffit pas de vouloir, il faut se donner le moyen, trouver le moyen, l’appliquer dans sa vie, Ensuite, on verra les fruits. Le fruit le plus précieux, c’est de ne passer à côté de sa vie. C’est de vivre sa vie comme si elle importait vraiment. Et elle importe ».


Ahimsa, Non-violence

La violence est omniprésente. Autour de nous, entre nous et en nous. Nous apprenons chaque jour, plusieurs fois par jour, quelles nouvelles atrocités ont été commises partout dans le monde, ici et ailleurs. Certains arrivent à fermer les yeux, à rester sourds. Certains sont touchés à divers degrés, pour quelques instants ou profondément. On est rapidement repris dans le tourbillon de la vie, on reste parfois avec une petite angoisse sourde, un malaise qui s’atténue peu à peu ou pas. Nous sommes de la même espèce que les victimes et aussi de la même espèce que les tueurs et prédateurs de tout acabit. Ils sont nos frères… et ça nous effraie. Qu’avons-nous de commun avec eux? À quel degré la violence fait-elle partie de nous? Comment la reconnaître, la contrer?

Ahimsa, la non-violence, est l’un des piliers du yoga.

Le yoga est surtout connu par les postures, les asanas. Mais la pratique des asanas, si importante soit-elle, n’est qu’une partie du yoga, un des huit membres ou  étapes du yoga. Ces huit membres forment un tout et chacun de ces membres doit être considéré par le pratiquant de yoga. La première de ces étapes est yama qu’on pourrait traduire par code moral. Ce code moral comprend cinq éléments, le premier étant ahimsa, la non-violence.

Gandhi a été le plus digne représentant et pratiquant de ahimsa. Il a bien démontré que la non-violence  n’exclut pas la fermeté exercée avec bonté. Ce n’est pas de la complaisance, du laisser-faire, de la passivité , c’est au contraire une attitude positive et maîtrisée.

« Ahimsa n’est pas compatible avec la crainte, disait Gandhi, c’est une force active de l’ordre le plus élevé.  Ahimsa est notre devoir suprême. ».

Selon B.K.S. Iyengar, « La violence naît de la peur, de la faiblesse, de l’ignorance et de l’agitation. Pour mater la violence, ce dont on a le plus besoin est de se libérer de la peur ».

La non-violence devrait s’appliquer partout. Lorsqu’il s’agit d’être  non-violent en action, la plupart d’entre nous y arrive à peu près. Être non-violent en parole est déjà beaucoup plus difficile. Être non-violent en pensée relève de la haute voltige. En effet, quel contrôle avons-nous sur l’arrivée de pensées (ou d’émotions) dans notre esprit?   Nous pouvons cependant décider de ne pas les accueillir. Comme une ville n’accueille pas dans son port un bateau chargé de matières dangereuses, puis-je refouler les matières dangereuses que sont les pensées (ou émotions) violentes ou négatives? Il ne s’agit pas de nier leur existence, il faut même se demander pourquoi de telles pensées se présentent? D’où viennent-elles? Que nous apprennent-elles? Comment les contempler avec détachement, sans s’identifier à elles, sans les laisser polluer notre esprit?

Comment laisser émerger les valeurs profondes qui nous habitent tous, comment faire émerger la beauté et la bonté? Comment soigner le monde? Comment se soigner soi-même?

Il existe de nombreux chemins vers la lumière et la liberté. Chacun doit trouver le sien. Aucune de ces routes ne sera facile. Pour moi, la pratique du yoga est le chemin idéal.


Pourquoi pratiquer le yoga aujourd’hui

Le rythme de  vie rapide de la plupart d’entre nous  demande  trop  d’énergie physique et mentale. Le corps et l’esprit en paient le prix. Le corps perd son dynamisme, se fatigue, le dos se voûte, les épaules s’affaissent… à l’intérieur, rien n’est plus tout à fait à sa place. Le mental s’épuise aussi, nous perdons notre présence à nous-mêmes, et la clarté  disparait. La pratique du yoga Iyengar développe la  présence. Aligner son corps demande une attention constante, alors  le mental  abandonne  les autres pensées et s’unit aux sens et  à l’intelligence  pour observer le corps,  sentir comment il occupe l’espace, évaluer les changements à faire,  de sorte que chaque partie du corps (bras, main, doigt, hanche, genoux, pied etc ) soit à sa place dans la posture. Cet alignement permet de trouver la stabilité. Le corps est stable mais non statique, toujours vivant, vibrant. La colonne vertébrale s’étire, les organes internes trouvent aussi leur place, la respiration et la circulation se font librement et l’énergie peut circuler.

À partir d’une base solide, le corps bien ancré dans la terre (enraciné), se déploie dans l’espace. Par l’étirement, on crée de l’espace en soi. En créant l’espace, on crée la liberté. A la fin de la pratique, le corps et l’esprit  seront  plus légers et plus libres.

« Le yoga est l’ami de tous ceux qui le pratiquent avec sincérité et dans sa totalité. Il soustrait le pratiquant aux griffes de la douleur et de la tristesse, lui permet de vivre pleinement et avec joie. »  B.K.S. Iyengar.