Les obstacles

Pantajali, dans les Yoga Sutras I.30 et I.31, énumère plusieurs obstacles à l’évolution et à la réalisation de soi. Ces obstacles causent ou reflètent un mental perturbé, tourné vers l’extérieur. C’est  cittaviksepah : un esprit dispersé ou fluctuant qui perturbe la conscience.

Nous sommes plutôt  à la recherche d’un mental tourné vers l’intérieur, vers cittaprasadanam, le rayonnement serein de la conscience. Quels sont ces obstacles qui font sortir le mental de sa route?

Patanjali énumère neuf obstacles et, selon B.K.S. Iyengar, ils se répartissent en quatre catégories : physique, mental, intellectuel et spirituel :

Physique : Vyadhi, la maladie et styana, la langueur ou manque de force nerveuse, insuffisance de force vitale.

Mental : Samsaya : le doute, pramada, la négligence,  alasya,  la paresse et avirati, la recherche avide d’objets, l’assouvissement des sens, une lutte continuelle entre les désirs qui attirent le mental à l’extérieur et la volonté du Yogi qui cherche à garder le mental à l’intérieur.

Intellectuel : Brantidarsana, le fait de se tromper, vue erronée, illusion. Prendre une chose pour ce qu’elle n’est pas. Due à un manque d’intelligence ou de discernement. Manque de maturité de l’âme.

Spirituel : Alabdhabhumikatva, le non accomplissement d’une étape, l’incapacité à trouver un point d’appui et anavasthitatvani : le déséquilibre, l’instabilité. Être incapable de maintenir les progrès acquis, instabilité due au manque de persistance.

Ces obstacles  peuvent être à l’état dormant, atténué, fluctuant on complétement actif.

Selon Christopher Isherwood, toutes les distractions dont parle ici Patanjali peuvent être classées en gros sous  tamas. La paresse est le grand ennemi, elle suscite la peur, l’irrésolution, l’apitoiement sur soi,  et les doutes sans fin. Il est tentant de se relâcher envers ses devoirs, de se réfugier sous une belle et chaude couverture. Le corps résiste à toute discipline inhabituelle et essaiera parfois de la saboter  par des étalages de faiblesse, de maux de tête, de doutes etc.. Cette résistance est inconsciente. Les symptômes eux sont réels.

Le sutra 1.31 présente d’autres causes de  dispersion mentale : la tristesse, le désespoir, la dépression, les tremblements physiques et une respiration laborieuse et irrégulière. Ces éléments sont parfois interprétés comme des  symptômes pour déceler la présence de Viksepa : esprit dispersé.

Ces obstacles détournent une partie importante de nos forces et de notre temps.

Au début de la pratique, on est très enthousiaste, les premiers pas procurent le calme, tout semble facile et inspirant. Il faut savoir que cet état ne va pas persister de façon continue. Il y aura des luttes et des doutes. L’exaltation n’est pas nécessairement un signe de progrès. On peut progresser aussi et parfois davantage dans les moments difficiles. Ce n’est pas un signe d’échec. Il n’y a pas d’échec aussi longtemps que l’on persiste dans l’effort.

La constance et la fidélité à la pratique sont sans aucun doute les meilleurs atouts pour faire face aux obstacles. Il faut cultiver l’opposé de ces obstacles. La foi s’oppose au doute et à la négligence, l’énergie s’oppose à l’apathie et à la paresse, l’étude s’oppose à l’avidité, l’intelligence intuitive aux fausses connaissances.

Il faut fréquenter ce qui est sain : ce qui favorise la concentration et la circulation de la vie, de l’énergie, et qui élève l’esprit vers la joie pure.

Il faut une attention et un travail de tous les instants pour se maintenir sur la voie. Avoir des connaissances en yoga ne délivre pas de la tristesse, de l’anxiété ou de la dépression. Ces connaissances peuvent être inspirantes, mais seule la pratique quotidienne nous permet d’affronter les bouleversements et agitations de la vie avec force, stabilité et sérénité.

Références :

B.K.S. Iyengar  Lumière sur les yoga sutras de Patanjali

Jean Bouchart D’Orval Patanjali et les yogas sutras

Christopher Isherwood  How to know God The aphorisms of Patanjali

I.K. Taimini  La science du yoga

 

 

 

 

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