Ce qui nous afflige

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Comme nous l’avons vu, Patanjali dit au Sutra II.1 qu’un effort soutenu (tapas), l’étude de soi (svadhyaya) et l’abandon au divin (isvarapranidhanani) sont les actes du yoga.
Il nous dit ensuite, au Sutra II.2, que ces actes du yoga réduisent les klesa, les causes de souffrances, les afflictions. Il définit celles-ci au sutra suivant.
II.3 Avidya asmita raga dvesa abhinivesah klesah
Avidya : ignorance, aveuglement, absence de sagesse, errance.
Asmita : ego, orgueil
Raga : désir, attachement, passion
Dvesa : aversion, haine, hostilité
Abhinivesa : attachement à la vie, peur de la mort
Klesa : affliction, douleur, souffrance qui perturbe l’équilibre de la conscience.

Les causes de souffrance sont l’ignorance ou absence de sagesse, le désir ou attachement, la haine, l’attachement à la vie et la peur de la mort.
Il faut noter ici, que toutes ces causes de souffrance sont intérieures. Elles ne viennent pas de l’extérieur.
La souffrance, dit Bouchart D’Orval, est toujours une distance. C’est la distance entre la réalité telle qu’elle est et ce qu’on voudrait qu’elle soit, ou qu’elle ait été. C’est l’idée que la réalité pourrait être autre que ce qu’elle est.
La cause de la souffrance étant intérieure, le remède sera aussi intérieur.
N’oublions pas notre nature profonde. Recherchons la lumière. Permettons à notre essence, notre flamme intérieure de briller et de brûler ces obstacles qui nous empêchent de voir sa lumière.
Patanjali nous a donné la recette pour retrouver la sérénité : pratique, étude de soi et abandon au divin.

À bientôt


Inspirant

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Nous avons parlé l’autre jour de l’expiration. Mais avant de pouvoir expirer, il faut inspirer.
Inspiration.
Geste capital qui ne peut se produire pleinement que si la poitrine est ouverte.

La posture influence la respiration. Quand le dos s’arrondit, quand le corps s’affaisse, la poitrine se ferme. Il faut rester conscient de sa posture pour se redresser si nécessaire. Bien sûr, la pratique des asana nous apprend à garder la colonne vertébrale longue, les épaules larges, la poitrine ouverte. Ainsi, nous sommes disponibles.
La posture du corps influence la posture mentale. L’inverse est aussi vrai.
Le cinquième membre du yoga est pranayama, la régulation du souffle. L’apprentissage du pranayama doit se faire auprès d’un professeur.
On peut cependant faire la toute première étape qui consiste à observer les mouvements de la respiration. Peu à peu ces mouvements deviennent calmes et doux. En observant les mouvements du souffle, on apprend à rester dans le présent. L’activité mentale s’apaise et pendant ce temps, les émotions ou les pensées ne peuvent plus nous contrôler. Le mental devient plus stable.
Observez l’inspiration, laissez la devenir subtile et lente.
Inspirez, goûtez le souffle.
Inspirez comme si vous respiriez le parfum très délicat d’une fleur.
Accueillez le souffle comme on accueille un invité précieux.

Inspirer. Être inspirant.
La poitrine ouverte, laisser la vie nous inonder.
La confiance croît. L’esprit devient disponible à l’intuition, à la création, à la vie.
Inspirez.
Soyez inspirants

À bientôt


Où aller?

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Patanjali nous a parlé aux sutra I.30 et I.31 des obstacles qui se présentent sur la route, obstacles qui mènent à cittaviksepa, un mental perturbé, fluctuant, instable. Au sutra I.33, il nous guide vers cittaprasadanam, le mental clair, serein, calme, apaisé.
I.33 Maitri karuna mudita upeksanam sukha duhkha punya apunya visayanam bhavanatah cittaprasadanam

Maitri : amitié, bienveillance
Karuna : compassion
Mudita : joie
Upeksanam : indifférence
Sukha : bonheur
Duhkha : malheur, souffrance
Punya : vertu
Apunya : vice
Visayanam : concernant un objet, envers
Bhavanatah : entretenir, développer, cultiver
Cittaprasadanam : rayonnement serein de la conscience, sérénité

Pour que la sérénité rayonne en nous, il faut cultiver l’amitié, nous réjouir avec ceux qui sont heureux, être compatissants avec ceux qui souffrent, se réjouir devant la vertu et être indifférents devant le vice.

Évoquant maitri – amitié, karuna – compassion, mudita – joie, upeksanam – indifférence, B.K.S. Iyengar (La voie de la paix intérieure) parle des qualités saines et guérisseuses de la conscience.
Saines et guérisseuses.
Saines et guérisseuses
« Ces Cinq Qualités Saines et Guérisseuses sont comme un baume dont nous pouvons frictionner notre peau et qui, progressivement, pénètre l’épiderme, les muscles, les fibres, et soulage la douleur en profondeur ». B.K.S. Iyengar.
Prenez soin de vous,
À bientôt.


Les valeurs sûres

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En temps de crise, dit-on, il faut revenir aux valeurs sûres.
Avec la pratique du yoga, nous construisons. Nous créons de l’espace en nous. Un espace de paix, de stabilité et de sagesse qui sera disponible pour nous. Voilà notre valeur sûre.
B.K.S. Iyengar a beaucoup parlé d’espace, de symétrie et d’alignement. Sans alignement correct un édifice s’effondre. Voici ce qu’il nous dit dans La voie de la paix intérieure :
« Gaudi, le grand architecte catalan, disait que l’architecture était une relation créatrice entre la sensualité de la nature et l’austérité de la géométrie. C’est un thème que l’on retrouve dans la pratique du yoga. Mes tentatives systématiques d’imposer la symétrie dans les postures d’asana expriment cette relation. Et comme pour l’architecte, le concept d’espace est fondamental. Un vase, comme un édifice, comme un corps, a deux espaces – celui qu’il contient et celui qui l’entoure. Lorsque nous commençons asana, nous sommes préoccupés de la forme de la posture, c’est-à-dire de ce dont nous avons l’air dans un miroir; en d’autres termes, de l’espace que nous excluons. Nous devrions dès maintenant nous soucier de l’espace que nous incluons, l’espace intérieur, car c’est principalement lui qui donne à l’asana sa vraie vie et sa vraie beauté. L’idée est donc de créer de l’espace intérieur. On appelle cela yoga svarupa – le soi qui assume sa forme parfaite au moyen du yoga, et on le réalise grâce à la distribution intérieure de l’espace ».
Quand un obstacle surgit, quand le doute surgit, que nous sommes indécis, confus, notre refuge sera toujours cet espace de paix, de stabilité et de sagesse.
Et la pratique sera toujours là pour nous aider à revenir au port et à retrouver cet espace de liberté.

À bientôt


Sérénité

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On fait du yoga pour différentes raisons, on veut être plus souple, moins stressé, on veut se sentir mieux. Comme on l’a vu dans les premiers sutra, le yoga nous propose une destination beaucoup plus profonde : Le yoga c’est l’arrêt des mouvements de la conscience. Alors, l’âme reste et resplendit dans sa demeure. Bien sûr alors, nous sommes sereins.
Pour devenir serein, il nous faut changer. Il y a des obstacles sur la route du changement. En ces temps de bouleversements, nous avons besoin plus que jamais de rester sereins. Il nous faut être vigilants et reconnaître les obstacles à la sérénité (cittaprasadanam).
Au sutra I.30, Patanjali nous parle de cittaviksepa : l’esprit perturbé, dispersé, fluctuant. Le sutra énumère les obstacles (antaraya) qui causent ces perturbations de la conscience :
Vyadhi : la maladie
Styana : inertie, manque de persévérance, d’intérêt, procrastination
Samsaya : doute, indécision due au scepticisme
Pramada : Négligence
Alasya : oisiveté, paresse physique
Avirati : incontinence, manque de modération, assouvissement des sens
Bhrantidarsana : vivre dans l’illusion, l’erreur, perplexité, confusion
Alabdhabhumikattva : être incapable de persévérer sur une voie, ne pas pouvoir garder ce qui est obtenu
Anavasthitatvani : état instable, rechute
Il ajoute au sutra I.31 :
Duhkha : Tristesse, chagrin, détresse
Daurmanasya : dépression, désespoir
Angamejayatva : agitation du corps
Svasaprasvasah : respiration désordonnée.
Nous reviendrons sur ces obstacles. Pour l’instant rappelons-nous les deux principes de base du yoga (I.12), pratique et détachement. Ici, détachement veut dire reconnaître l’obstacle mais ne pas s’y identifier.
Je ressens de la tristesse mais je ne suis pas cette tristesse. Je ressens du désespoir mais je ne suis pas ce désespoir.
Nous avons tendance à nous identifier à nos peurs, à leur donner toute la place. Alors nous oublions notre essence et nous nous figeons. Nous respirons moins bien, nous dormons moins bien, nous devenons confus…nous mourons de peur. Une partie importante de nous ne peut plus vivre. N’oublions pas notre essence, notre vraie nature rayonnante.
Respirons,
À bientôt